Elle grandit avec l’intelligence artificielle, les réseaux sociaux, les objets connectés et un accès presque instantané à l’information. La Génération Alpha évolue dans un environnement profondément différent de celui des générations précédentes.
Pour les professionnels de l’éducation et de l’orientation, une question se pose déjà : comment accompagner une génération qui devra se construire et faire ses choix dans un monde en transformation permanente ?
C’est le sujet que nous avons exploré lors de notre webinaire « Génération Alpha : les comprendre pour mieux les accompagner », aux côtés de Carol Allain, conférencier international, auteur et spécialiste des générations.
L’objectif : mieux comprendre les codes de cette nouvelle génération, mais surtout identifier des pistes concrètes pour adapter progressivement nos manières de transmettre, d’orienter et d’accompagner.
Un replay pour retenir l’essentiel
Pendant une trentaine de minutes, Carol Allain est revenu sur les grandes caractéristiques de la Génération Alpha et surtout sur ce qu’elles peuvent changer dans notre manière d’accompagner les jeunes.
Une idée traverse notamment toute son intervention : il ne suffit pas de coller une étiquette « Alpha » à une génération pour la comprendre. Il faut regarder l'environnement dans lequel elle grandit, les événements qui la façonnent et l'évolution des modes d'éducation et de transmission.
La Génération Alpha grandit ainsi dans un contexte profondément différent de celui des générations précédentes : accélération technologique, omniprésence des écrans, réseaux sociaux, intelligence artificielle, rapport différent à l’autorité, à l’information et au temps…
Autant de transformations qui nous obligent progressivement à repenser nos manières de transmettre, d’orienter et d’accompagner.
Qui est la Génération Alpha ?
La Génération Alpha désigne les jeunes nés approximativement entre le début des années 2010 et le milieu des années 2020.
Mais au-delà des dates, ce qui la distingue est surtout l’environnement dans lequel elle grandit.
Instagram apparaît en 2010, TikTok quelques années plus tard, l’intelligence artificielle générative s’installe dans le quotidien… Pour cette génération, le numérique n’est pas une transformation à laquelle il faut s’adapter : il fait partie du décor depuis l’enfance.
Cette évolution technologique s’accompagne également d’une transformation des modèles éducatifs.
Carol Allain rappelle notamment le développement progressif du dialogue et de la négociation dans les relations entre adultes et enfants. Les jeunes sont davantage invités à donner leur avis et à exprimer ce qu’ils pensent ou ressentent.
Une évolution qui constitue une force, mais qui pose aussi une question centrale : comment développer l’autonomie tout en conservant un cadre ?
Autonomie et cadre : trouver le bon équilibre
C’est l’un des grands enseignements du webinaire.
La Génération Alpha est encouragée très tôt à s’exprimer, participer et gagner en autonomie. Mais pour Carol Allain, cette autonomie doit continuer à s’accompagner d’une structure.
Il invite ainsi à faire cohabiter deux ensembles de valeurs.
D’un côté, des repères plus « verticaux » : l’autorité, la discipline, la rigueur ou encore les règles.
De l’autre, des valeurs davantage « transversales », particulièrement présentes chez les nouvelles générations : la collaboration, le bien-être, la flexibilité, la diversité ou encore l’inclusion.
L’enjeu n’est donc pas de choisir entre les deux modèles.
Il s’agit plutôt de parvenir à les faire cohabiter : donner davantage de place au dialogue et à l’autonomie tout en maintenant les limites et les repères nécessaires à l’apprentissage.
Une génération qui a besoin d’être vue et entendue
Autre notion développée pendant le webinaire : celle de « société de l’œil ».
Les générations précédentes ont grandi dans un modèle largement fondé sur l’écoute : écouter le professeur, le parent, le responsable ou celui qui détenait l’expérience.
Avec les réseaux sociaux et les nouveaux usages numériques, l’image prend une place considérable.
Pour Carol Allain, les jeunes sont ainsi de plus en plus habitués à être vus, remarqués et entendus.
Cela peut sembler anecdotique, mais cette évolution a des conséquences très concrètes dans l’accompagnement.
Un accueil personnalisé, une attention portée au jeune, un retour rapide ou un encouragement peuvent prendre une importance particulière.
Carol Allain donne d’ailleurs un exemple très simple aux professionnels de l'éducation : accueillir les jeunes à la porte de la classe, leur montrer qu’on les a vus et leur accorder cette attention dès leur arrivée.
Derrière ce geste se cache une idée plus large : la relation avec l’adulte devient elle-même une composante importante de l’apprentissage.
Des formats plus courts, visuels et interactifs
La question de l’attention occupe également une place importante.
Selon Carol Allain, le rapport au temps se transforme : les jeunes sont habitués à des séquences plus courtes et à des environnements dans lesquels les sollicitations se succèdent rapidement.
Cela ne signifie pas qu’ils ne peuvent plus se concentrer ou apprendre des sujets complexes.
Mais cela pousse les professionnels à repenser la manière de transmettre.
Apprentissage par projet, contenus visuels, interaction, changement de rythme, expérimentation… plusieurs approches permettent de maintenir davantage l’engagement.
L’enjeu consiste finalement à rapprocher ce que Carol Allain appelle « la matière et la manière » : le contenu que l’on souhaite transmettre reste essentiel, mais la façon dont on le transmet l’est également.
Une réflexion qui fait directement écho à notre approche chez Wilbi : utiliser des formats courts et visuels comme porte d’entrée pour susciter la curiosité, avant d’aller plus loin dans la découverte d’un métier ou d’un secteur.
Le numérique ne doit pas faire disparaître le lien humain
Comment trouver le bon équilibre entre les outils numériques et le maintien du lien humain ?
La question a été posée à Carol Allain pendant le temps d’échange avec les participants.
Car si les outils numériques offrent de nouvelles possibilités d’apprentissage et d’accès à l’information, leur place grandissante pose aussi la question de ce qu’il faut continuer à développer hors des écrans.
Échanger avec d’autres personnes, évoluer dans un groupe, regarder quelqu’un, communiquer en face-à-face, créer une relation… Ces expériences participent au développement de compétences qui resteront essentielles dans les études comme dans le monde professionnel.
Pour Carol Allain, il est donc important de multiplier les occasions de remettre les jeunes dans le présentiel et dans la relation avec les autres.
Et cela nous amène à un autre défi majeur.
Comment recréer du collectif ?
La Génération Alpha est encouragée à exprimer ses envies, ses émotions et ses besoins individuels. Mais comment, dans le même temps, développer le sentiment d’appartenance à un groupe ?
Cette question posée pendant le webinaire a permis d’aborder un enjeu central : la construction du collectif.
Travail en équipe, projets communs, vie associative, expériences professionnelles, rencontres avec des adultes ou simplement échanges en face-à-face peuvent permettre de développer progressivement ces compétences relationnelles.
Pour Carol Allain, il faut notamment donner aux jeunes des occasions régulières d’aller vers les autres et de rencontrer des personnes qui ne leur ressemblent pas nécessairement.
Car dans un monde où l’intelligence artificielle, l’automatisation et la robotisation vont prendre davantage de place, les compétences humaines et relationnelles pourraient justement devenir encore plus importantes.
Accompagner sans enfermer dans une génération
Parler de Génération Alpha est utile pour comprendre certaines grandes transformations.
Mais ces tendances ne permettent évidemment pas de résumer chaque jeune.
Tous n’ont pas le même rapport au numérique, à l’autorité, au collectif ou à l’apprentissage. Le contexte familial, social, scolaire et personnel continue de jouer un rôle majeur.
L’intérêt d’une lecture générationnelle est donc ailleurs : elle permet de questionner nos propres pratiques d’accompagnement.
Nos formats sont-ils adaptés ?
Laissons-nous suffisamment de place à l’expérimentation ?
Comment associer autonomie et cadre ?
Comment préserver les interactions humaines dans un environnement de plus en plus numérique ?
Comment aider les jeunes à développer leurs compétences relationnelles et leur esprit critique ?
Autant de questions auxquelles il n’existe pas une réponse unique, mais qui deviennent incontournables pour préparer l’accompagnement des prochaines années.
Faire découvrir les métiers autrement avec Wilbi
Ces transformations font directement écho à la manière dont nous avons imaginé Wilbi.
Les jeunes peuvent découvrir les métiers à travers des vidéos courtes et immersives, observer le quotidien de professionnels et explorer progressivement différents secteurs.
Mais le format court n’est qu’une porte d’entrée.
Quiz, fiches métiers, favoris, recommandations, ateliers de découverte… les différents outils permettent ensuite d’aller plus loin, de questionner ses représentations et de devenir acteur de son orientation.
L’objectif n’est pas de dire au jeune ce qu’il doit faire.
Il s’agit de lui donner un cadre, des ressources et suffisamment de matière pour explorer, tout en lui laissant la possibilité de construire progressivement ses propres choix.
Finalement, accompagner la Génération Alpha implique peut-être justement de réussir cette articulation : s’adapter à de nouveaux usages sans renoncer au cadre, au collectif et à la relation humaine.
À retenir
La Génération Alpha grandit dans un environnement où le numérique, l’image et l’instantanéité occupent une place importante.
Elle est également davantage habituée à exprimer son opinion, ses attentes et ses émotions.
Pour l’accompagner, l’enjeu n’est pas de bouleverser toutes les pratiques éducatives, mais de trouver de nouveaux équilibres : autonomie et cadre, numérique et relation humaine, individualisation et collectif, matière et manière.
Et surtout, ne pas oublier qu’au-delà des caractéristiques attribuées à une génération, chaque jeune reste un individu avec son parcours, ses besoins et sa manière d’apprendre.
FAQ
Qu’est-ce que la Génération Alpha ?
La Génération Alpha désigne généralement les jeunes nés entre le début des années 2010 et le milieu des années 2020. Elle succède à la Génération Z et grandit dans un environnement où le numérique, les réseaux sociaux et désormais l’intelligence artificielle sont présents dès l’enfance.
Comment accompagner la Génération Alpha ?
L’un des principaux enjeux consiste à associer davantage d’autonomie, de dialogue et d’expérimentation à un cadre clair. Les jeunes ont besoin de pouvoir s’exprimer et participer, mais également de disposer de repères et de limites.
Comment capter l’attention de la Génération Alpha ?
Les formats courts, visuels, interactifs et les apprentissages par projet peuvent constituer de bonnes portes d’entrée. Il ne s’agit pas nécessairement de réduire les contenus, mais de faire évoluer la manière de les transmettre et de varier les rythmes.
Quelle place donner au numérique ?
Le numérique constitue un outil d’apprentissage et d’accès à l’information incontournable pour cette génération. Il doit néanmoins rester complémentaire des interactions humaines et des expériences en présentiel qui permettent notamment de développer les compétences sociales et relationnelles.
Quelles compétences seront importantes pour la Génération Alpha ?
Au-delà des compétences techniques, les capacités relationnelles, la collaboration, l’adaptation, l’expression des émotions et la capacité à entrer en relation avec les autres devraient conserver une place essentielle dans un environnement de plus en plus technologique.
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